L’éducation de ses enfants et de sa jeunesse est une activité primordiale et déterminante pour le développement de toute société. En effet, éduquer un enfant, un adolescent, un jeune, c’est lui donner des moyens de grandir et de trouver sa place dans la société et dans le monde de demain, ceci en tant qu’individu libre, capable de déterminer son avenir et d’établir des relations harmonieuses avec les autres pour « mieux vivre ensemble » en agissant et interagissant pour transformer la société dans laquelle il vit.
La sagesse africaine a toujours joué un rôle essentiel dans la transmission des valeurs et des savoirs. L’éducation que nous donnons à nos jeunes camerounais ne doit pas négliger les aspects fondamentaux de l’histoire et de la culture qui nous définissent.
Avec l’expansion des nouvelles technologies de communication comme l’internet, l’accès, l’accumulation et la diffusion des savoirs et connaissances ont été accélérés. Et dans cette course, l’enseignement et la pratique des valeurs morales, sociales, humaine et républicaine a pris un sérieux retard. Nous constatons aujourd’hui que les valeurs de justice, de solidarité, de respect des plus faibles, sont bien souvent bafouées. La mondialisation, les médias ont amplifié le phénomène avec la perte des repères moraux. On remarque également dans notre pays une crise de l’autorité et un moindre respect des institutions. Les intérêts collectifs sont bafoués à un tel niveau qu’ils brisent toutes les énergies au service de la société civile.
De manière générale, l’Education au Cameroun fait face aux difficultés comme la vétusté et l’insuffisance des infrastructures, la performance limitée des enseignants peu nombreux et mal formés, l’envahissement de l’espace culturel et pédagogique par des produits occidentaux mal adaptés aux besoins locaux, et le faible engagement des élèves et étudiants qui ne font plus confiance ni au systeme ni aux résultats de leurs efforts. Le chantier est donc vaste et il faut assurer dans un premier temps que les élèves et étudiants disposent des moyens dont ils ont besoin pour une formation académique adaptée et tournée vers l’acquisition des compétences utiles à leur développement et a celui de leur communauté.
Il est important, voire vital, pour notre pays de développer auprès de sa jeunesse une conscience collective élargie, un sens civique qui dépasse les cercles familiaux ou villageois. Nous pouvons organiser avec les citoyens, les parents ou la société civile ainsi qu’avec les représentants du corps éducatif, des discussions profondes afin de définir tous ensemble, le type d’éducation que nous souhaitons donner à nos enfants, ceci afin de mieux les préparer, à affronter les défis qui se présenteront à eux, à être utiles à leur pays et à leur société, et à l’humanité toute entière.
Les enfants et jeunes camerounais doivent être éduqués au respect des autres, au respect de soi, éveillés aux devoirs et aux droits des enfants, des femmes et des hommes. L’éveil au « mieux vivre ensemble » doit commencer tôt. Tout d’abord, bien évidemment dans les familles, chacun des parents étant lui-même un modèle devant l’enfant. L’école a également un rôle essentiel à jouer dans le développement du sens civique. Á l’école primaire, une phrase du « mieux vivre ensemble » peut être construite en classe par les enfants ou instruite par le maître et écrite quotidiennement au tableau.
L’État et la société toute entière doivent accompagner les enfants et les jeunes à mieux se préparer à servir leur pays. Entre 16 et 20 ans, mettre en place un service civique, quel que soit le niveau d’études, sous la forme du volontariat permettrait aux jeunes de se consacrer à une mission d’intérêt collective, ainsi un jeune pourrait se voir confier une mission utile comme
- Mener une action de sensibilisation au niveau de la nature,
- Mener une action de prévention contre le sida ou le paludisme,
- Participer à des programmes de soutien scolaire,
- S’engager dans une association à but non lucratif et bien d’autres services encore en fonction des besoins des communautés…
A l’issue de leurs missions, ces expériences enrichiraient le CV des jeunes prêts pour le travail. Tous ces travaux et actions divers pourraient être valorisés par les communautés, les élites, les associations, les entreprises, l’État ou les régions.
Entre 20 et 25 ans, une rétribution de base pourrait être versée par l’état afin d’encourager ce service civil qui de ce fait diminuerait le taux impressionnant du chômage. Un complément serait versé par les associations, les tontines, les collectivités ou les entreprises.
D’autres enjeux majeurs concernant notre jeunesse demeurent : il faut trouver des solutions et des réponses pour attaquer de front ces grands problèmes que sont le chômage ou le sous-emploi des jeunes Camerounais, la délinquance, etc. Ils feront l’objet de prochains articles.

je rebondis sur la réaction de ForChange. Il est évident, et ceci dans mon esprit que l’éducation et le système éducatif ne fait pas ou ne peut pas tout faire seul. Cependant, à mon humble avis, il s’agit là d’une première étape qui consiste à « retourner » la jeunesse actuellement orientée vers l’Occident et ses valeurs qui ne sont pas les notres.
Je mets également à contribution la volonté politique sans laquelle rien n’est possible, ou alors la volonté des femmes et des hommes de bonne volonté à rechercher et trouver des solutions afin d’aboutir aux mêmes résultats.
Comme nous nous sommes lancés dans la bataille de la démocratie et des libertés, faudrait-il que l’on s’engage également dans celle de l’éducation de la jeunesse.
Je sens à la lecture de Martin sa soif de retrouver une école sinon révolutionnaire du moins qui impulse le changement dans notre société. Je partage avec lui cet objectif politique que nous assignons à l’école comme lieu de socialisation et de promotion des valeurs.
Cependant nous devons être conscient de ce que le meilleur système éducatif du monde ne saurait à lui seul dans une société tout transformer. nous pourrons éduquer nos enfants à la paix mais si le système de justice sociale est inefficace, notre éducation aura peu de chance de transformer un individu qui se sent abuser mais qui ne peut pas compter sur le système judiciaire.
Dans une intervention que je fis sur le thème de l’education à la paix, je relevais les trois niveaux pour la mise en oeuvre efficace d’une culture de la paix: le niveau de l’ethique personnelle qui peut être fortement influencé par l’education, le niveau juridique de la loi et des institutions qui interdit et qui reprime, et le niveau de la sagesse pratique qui confrontant la réalité institutionnelle et l’ethique arrive à trouver des alternatives face à des situations non résolues par l’ethique personnelle et la loi. Ceci n’est qu’un exemple pour appuyer la thèse suivant laquelle un changement global peut certes s’appuyer sur l’éducation mais celle-ci ne suffit pas.
Je crois néanmoins que par l’education scolaire nous pourrons avancer sur le chemin du développeemnt d’une culture qui promeut la personne humaine et les valeurs sociales de justice et de paix. Pour cela, permettez que je propose ni plus ni moins d’instituer au niveau de l’ecole primaire, du collège et des universités un système d’autonomie reposant sur l’election par les membres d’une communauté educative de ses dirigeants avec une possibilité réelle de contrôler leur action. Si au niveau du lycée nous n’avons plus un proviseur nommé par yaoundé mais un professeur élu par la communauté educative pr un mandat déterminé, si nous sommes capables comme membre de cette communauté de lui demander des comptes, alors croyez-moi, dès l’école, chacun pourra apprendre ce que veut dire démocratie, ce qu’elle implique et quel profit on peut en tirer.
je sais qu’une telle proposition nécessiterait d’etre davantage explicitée, je pourrais le faire dans des prochaines interventions.
Eduquer
Du latin educere « faire sortir, élever ».
Instruire
Du latin instruere « assembler dans, dresser; munir, outiller »
Elever
Du latin levare : porter plus haut
Enseigner
Du latin insignare « signaler, désigner ».
*********************************************
En fonction de ces étymologies, qui nous donnent le sens profond des mots, on peut peut-être préciser quels sont nos objectifs pour la jeunesse, objectifs trop souvent implicites.
Veut-on faire sortir la jeunesse de son état actuel, la mener ailleurs (ex-ducere), dans ce cas on veut éduquer.
Veut-on injecter dans (in-struere) la jeunesse des outils, concepts, savoir-faire, outils, dans ce cas on cherche à instruire.
Veut-on porter plus haut, faire grandir la jeunesse, c’est-àdire élever ?
Ou bien désire-ton inscrire dans la jeunesse un ensemble de signes (in-signare), de repères mémorisables, et dans ce cas on parlera d’enseignement.
*****************************************
La question n’est pas à mon avis un simple jeu sur les mots : expliciter l’imaginaire que nous plaçons dans le terme générique d’EDUCATION constitue une base de réflexion primordiale, et un pré-requis à toute action d’organisation politique.
En fait, notre système éducatif doit obligatoirement avoir un triple objectif :
1. Dispenser aux enfants et à la jeunesse une instruction et une culture livresque essentielle, ciblée et débarrassée de tout ce qui est superflu, une instruction qui formate cette jeunesse pour qu’elle devienne créatrice des futures richesses nationales, et non simplement éternelle consommatrice de produits manufacturés occidentaux.
2. Débarrasser définitivement la jeunesse de la corruption en lui inculquant dès le bas âge des valeurs fondamentales dont le pays a grandement besoin comme l’intégrité, l’honnêteté,le respect de toute chose publique, de tout ce que tous les camerounais possèdent en commun : l’argent, le patrimoine, etc… SERVIR, OUI. SE SERVIR, NON. Telle devrait être la devise.
3. Débarrasser les jeunes du tribalisme ambiant, aujourd’hui érigé en système de développement, en leur apprenant à mieux vivre ensemble les uns et les autres, le respect mutuel, le respect des aînés, de nos traditions, de nos racines et de nos ancêtres. Donner à la jeunesse la grande fierté d’être camerounais en lui faisant découvrir, lui fabriquant des héros nationaux sur lesquels elle doit prendre exemple, quelle que soit leurs origines tribales.
Cependant tout ceci n’est que propositions dont on se dit qu’elles ne sont qu’une utopie. Car l’on sait qu’il faut dix, voire vingt années de travail acharné pour espérer retourner les mentalités d’une génération et lui inculquer définitivement certaines valeurs.
Un travail de préparation et de mise en place d’un environnement propice à un système éducatif comme décrit là haut doit être fait en amont. Ce travail nécessite une volonté évidente d’aller dans le sens du changement sans laquelle rien n’est possible dans le domaine.
Alors, question : qui veut vraiment ce changement ? Quel impact pour notre jeunesse, quelles conséquences pour nos dirigeants ? La situation actuelle n’est-elle-pas un fonds de commerce que les sphères dominantes ne laisseront pas détruire ? Y a -t-il moyen de changer de système éducatif sans volonté politique ?
Je remercie ForChange pour sa juste analyse. Mais je serais critique aujourd’hui pour tout ce qui me semble loin des préoccupations particulières de notre pays.
L’article de l’UNESCO me semble intéressant, mais ne tient pas compte me semble-t-il aux problèmes spécifiques du Cameroun qui nécessitent des réponses spécifiques. Nous ne pouvons plus, ne devons plus nous contenter des généralités que l’on croit simplement transposables. Il faut penser nos propres solutions répondant à notre environnement.
C’est pourquoi je voudrais dire ici que notre système éducatif doit d’abord répondre à des objectifs bien précis : par exemple, formater la nouvelle génération pour éradiquer totalement ou tout au moins sensiblement réduire la corruption.
Je me pose cependant la question à savoir si tout cela en fait ne dépend pas d’une volonté politique.
Car, comme l’a remarqué ForChange, l’espace pédagogique est envahi par des produits occidentaux tendant à orienter la jeunesse vers l’extérieur.
D’autre part faudra-t-il alors associer intimement les éducateurs au processus d’un nouveau système éducatif et leur donner les moyens « démocratiques » et pédagogiques d’assumer leur fonction. D’où la question même de la formation et du cursus normal et continu des maîtres.
Je n’arrive pas à structurer ma pensée. Je reviendrai avec d’autres idées.
Je trouve pour ma part ce débat très intéressant.
Je souhaiterais partager avec vous cette communication des Nations Unies à l’occasion de la journée des enseignants et qui traite aussi de la question de l’éducation.
JOURNÉE DES ENSEIGNANTS : L’UNESCO REND HOMMAGE AUX BÂTISSEURS DE PAIX
New York, Oct 5 2010 11:50AM
La Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Irina Bokova, a rendu hommage mardi aux enseignants, « bâtisseurs de paix », à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque année le 5 octobre depuis 1994.
« Les enseignants sont des bâtisseurs de paix, ils montrent comment vivre ensemble en valorisant les valeurs de respect, de tolérance, de compréhension mutuelle et de solidarité. C’est une mission plus nécessaire que jamais dans nos sociétés de plus en plus interconnectées et multiculturelles », a dit Mme Bokova.
Organisée sous le thème « la reconstruction commence par les enseignants », cette édition 2010 est l’occasion de rendre hommage aux enseignants du monde entier qui jouent un rôle vital dans la reconstruction sociale, économique et intellectuelle après des catastrophes naturelles, des conflits ou toutes autres situations de crise.
« Les enseignants assurent la continuité tout en apportant du réconfort. En redonnant espoir en l’avenir et en restaurant un cadre structuré et un sentiment de normalité,ils aident à atténuer les effets des conflits, des catastrophes et des déplacements de population.
Soutenir les enseignants dans les situations d’après crise, c’est investir dans la paix et le développement », souligne également un message conjoint publié par l’UNESCO, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance
Cette Journée mondiale doit aussi permettre d’attirer l’attention sur le manque de professeurs, dont les recrutements ne suivront pas les niveaux d’inscription dans de nombreux pays en développement.
Selon les dernières projections de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU), il faudra ainsi recruter 9,1 millions d’enseignants supplémentaires au cours des cinq prochaines années pour atteindre l’enseignement primaire universel d’ici à 2015, l’un des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) définis en 2000 par les États membres de l’ONU pour améliorer le sort de l’humanité…
À eux seuls, les pays de l’Afrique subsaharienne devront recruter plus de 2 millions d’enseignants pour maintenir l’effectif actuel, et créer 1 million de postes en plus. Les autres régions qui manqueront de professeurs sont les pays arabes (281.000) et l’Asie du Sud et de l’Ouest (260 000). En Amérique du Nord et en Europe occidentale, les pays devront remplacer environ 1 million d’enseignants actifs aujourd’hui’;hui et créer près de 152.000 postes.
Le rapport complet de l’ISU est disponible à l’adresse suivante : http://www.uis.unesco.org/template/pdf/EducGeneral/Infosheet_No5_Teachers_FR.pdf
Oct 5 2010 11:50AM
je trouve cet article intéressant, et la réaction de M. Etingue aussi, car il me semble rester sur la même perspective de l’éducation que nous allons considérer surtout comme processus de transformation d’un individu pour mieux repondre aux besoins de son milieu et de son époque. il est peut-être inutile de chercher une définition de l’éducation qui soit la plus complète possible.
L’enjeu pour moi à la lecture de cet article est de prendre conscience des limites et des potentialités de notre système éducatif aussi bien au niveau formel de l’éducation scolaire et académique qu’au niveau informel des valeurs que chacun acquiert ou promeut dans la sphère de la vie privée que publique.
je partage les limites de notre système éducatif relevées par l’auteur et je voudrais accentuer sur le fait que le manque d’une culture de la performance et de la qualité est un lourd handicap pour une éducation qui se situe dans un contexte de mondialisation. Le drame dans notre contexte camerounais est peut-être cet « envahissement de l’espace culturel et pédagogique par des produits occidentaux » dont nous identifions mal les conséquences sur notre modèle d’apprentissage et de formation. il est temps que ces injonctions qui viennent de la globalisation soit mieux appropriées localement et que nous définissions une certaine identité du camerounais qui se forme à l’école ou à l’université.
je voudrais conclure par une des potentialités forte et immense de notre contexte, celle du bilinguisme qui sans doute fait sourire certains, mais qui nous offre plein de possibilités sur le monde. Bien de pays nous envient de la possibilité que nous avons de nous positionner sur deux langues internationales de grande valeur stratégique, il faudrait donc que nous sachions en tirer tout le bénéfice.
C’est un sujet tellement important, mais tellement vaste à mon humble avis, que je ne sais par quel côté commencer.
Je prendrais peut-être la chose par : l’éducation de la jeunesse. Mais que signifierais ici le terme « éducation » ? Car pour moi, l’éducation c’est certes l’instruction scolaire, connaissance livresque, mais c’est également et surtout apprentissage de la vie dans un environnement donné, et pour un objectif donné afin de porter un idéal. C’est à ce propos que l’éducation d’un Français n’est pas identique à celui d’un anglais ou à celui d’un américain. Car, si les connaissances livresques semblent équivalentes, les objectifs que sous tendent ces connaissances sont parfois et même toujours différents.
Alors, avant de commencer, définissons d’abord ce que veut dire ici : EDUCATION.