Ce troisième article de Paul TENANG NCHUGON à Brazzaville (Congo) complète ses réponses des 26 et 28 octobre 2010 à la question posée par PMM, dans son courriel du 06 octobre 2010, sur la définition du processus complexe qu’est l’EDUCATION. Compte tenu des réactions que ces deux premiers articles ont suscitées, l’opportunité d’un quatrième article sur la modus operandi de la vision de l’Education exposée dans ces trois aspects – INITIATION, INSTRUCTION et FORMATION – sera envisagée pour clôturer le débat.
Les deux premiers articles de TENANG NCUGONG, après la définition de base, soulignaient que tout homme est le produit d’une EDUCATION organisée et dispensée par sa société d’origine (ou résidentielle, de nos jours) pour assurer la pérennité de son système culturel, à travers l’initiation ou l’instruction. Le présent article présente le troisième aspect de l’Education qui est la FORMATION.
L’EDUCATION PAR LA FORMATION HUMAINE
L’Education par la Formation se préoccupe de donner corps et forme à l’apprenant pour qu’il soit capable de se tenir d’une manière précise face à diverses situations concrètes de la vie, qu’il soit capable de fournir certaines réponses devant les incitations morales, civiques et professionnelles qui impriment la vie citoyenne. Elle développe donc les capacités physiques, morales et civiques, et inculquent l’habileté sociale à se rendre utile par son métier dans ses relations avec l’environnement. Elle se préoccupe donc du savoir être et du savoir faire.
Le développement des capacités physiques d’un apprenant est un des premiers pas de l’initiation chez l’enfant : apprendre à marcher par la tutelle maternelle. Puis les gestes se complexifient pour donner au corps une adaptation aux différentes situations dans lesquelles l’effort physique s’impose afin d’entretenir la bonne santé nécessaire à la personne pour répondre efficacement à ses obligations sociales et exprimer ses facultés intellectuelles. Le sport se présente ainsi comme le premier vecteur du savoir être du citoyen. Autrement dit, la devise olympique « mens sana in corpore sano » c’est-à-dire « un esprit sain dans un corps sain » est un impératif de toute politique d’éducation de la jeunesse dans une nation. Force est de reconnaître que des efforts de politique sociale ont fait du Cameroun une nation de sport. Mais, dans le cadre d’une politique globale de santé publique, elle ne doit pas s’arrêter seulement à la jeunesse : entretenir la forme physique des adultes qui s’investissent dans l’œuvre de la construction nationale est un impératif subséquent. Il reste encore tant à faire, au-delà des sports de compétitions, dans le domaine de la mise en forme permanente qui combat les maladies ou le vieillissement prématuré des adultes : i)- installer des parcours sportifs bien encadrés dans toutes les cités urbaines n’est pas un luxe, mais un impératif infrastructurel d’une stratégie de développement à visage humain, ii)- revaloriser la profession d’éducateur physique au regard des autres corps de métier est aussi un impératif d’équité sociale.
Cependant le savoir être n’est pas seulement d’ordre physique ; il est aussi civique, moral : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais. Si le savoir être civique s’acquiert par l’Instruction déjà présentée dans le premier article, il en est tout autrement du savoir être mental (moral et spirituel) qui modèle les aspirations, oriente les choix, sous-tend les actions et l’engagement social. La norme morale n’est inculquée au citoyen qu’à travers une formation humaine bien organisée ; ce dont ne se sont jamais préoccupées les politiques d’hier. L’on voit bien, dans le Cameroun d’aujourd’hui, avec autant de diplômés en sciences exactes, économiques, sociales ou humaines au chômage, que l’Instruction ne suffit pas à donner à la jeunesse tous les intrants d’une insertion sociale équilibrée. Tandis que l’instruction favorise l’intelligence cognitive, la formation humaine développe l’intelligence affective, principale source inculturée de l’engagement social, de la créativité et des innovations internes, et donc de la production des richesses.
Il faut une politique de développement intégral des ressources humaines qui entraîne précocement la jeunesse vers une vocation sociale, vers un profond désir d’engagement social. C’est le grand fossé actuel qui explique aussi le grand désarroi d’une jeunesse camerounaise marginalisée, désœuvrée, affamée, abandonnée et malmenée dans ses initiatives de survie ; une jeunesse que récupèrent facilement les fausses doctrines qui aggravent son désarroi. L’expansion de la corruption qui gangrène la société camerounaise, en tout genre et en tout lieu, en est une conséquence. Les mouvements de jeunesse, qui œuvrent pour l’éveil précoce de la conscience humaine, organisent la formation morale et spirituelle, sont observés aujourd’hui comme des phénomènes sociaux que le pouvoir tolère à la limite comme refuge de la jeunesse qui entretien la paix sociale. Ces mouvements cultivent pourtant le sens de l’engagement social pour le bien collectif bref, la formation intégrale du citoyen, maître de l’éveil social qui somnole dans la jeunesse. Ils devraient pourtant rentrer dans le corpus d’instruments d’une stratégie nationale qui place l’homme au centre de toute finalité politique, met le citoyen au cœur des ses responsabilités en tout domaine. C’est pourtant aujourd’hui qu’ensemble nous devons armer la jeunesse assoiffée pour façonner les citoyens engagés de demain. C’est là aussi, le leitmotiv de notre stratégie pour un Conseil National de la Jeunesse, autant que pour un Ministère chargé de la Spiritualité inscrits dans les priorités de notre Mouvement.
L’EDUCATION PAR LA FORMATION PROFESSIONNELLE
L’Education par la Formation professionnelle agit sur l’apprenant qui détient déjà des compétences particulières (connaissances et savoirs) acquises par l’initiation et l’instruction pour lui donner d’une part, des capacités d’intervention tournées vers la production des biens et services, l’organisation sociale, administrative et politique, d’autre part, des capacités d’appropriation des innovations externes ou, par ailleurs les talents de créativité pour la génération d’innovations internes. C’est le rôle des grandes écoles spécialisées, des centres de formation et autres structures éducatives qui professionnalisent les jeunes. L’on ne dirait pas que le Cameroun d’hier n’en a pas secrétées. Mais l’on voit bien aujourd’hui que les politiques qui les ont secrétées peuvent placer l’homme Instruit et formé, soit dans une habileté à générer des réflexes claniques et sectaristes, soit dans un confort du pouvoir pour la domination des citoyens et la répression des agents économiques, soit dans une attitude du pouvoir pour le service et le développement commun, selon les modalités d’appropriation des innovations externes reçues. Cette dernière option est celle de notre Mouvement.
Certains corps professionnels ainsi secrétés sont inaptes à leur fonction sociale et politique, parce que mal préparés ou insuffisamment armés pour leur mission. Les corps des forces publiques qui inspirent plus l’insécurité au citoyen que la sécurité dont ils sont investis, tout comme le corps des administrateurs civils, qui exercent un pouvoir répressif, ponctué de désinvolture et de mépris pour le pouvoir législatif (comme on vient de le constater au cours de la première semaine de la session parlementaire de novembre 2010) par ce qu’appelés à gérer les entreprises et les intérêts collectifs sans capacités de transformation, de production et de prévision, constituent les deux exemples de formation inadéquate qu’ont secrétés les politiques éducatives du Cameroun des cinq premières décennies de l’Indépendance. Ce ne sont pas les seuls exemples, mais il faut aller vers le changement d’orientation : de la formation pour le prestige individuel et clanique vers une formation pour le mieux-être social qui embrasse la collectivité nationale dans son ensemble.
L’on constate aussi qu’une immense frange de la jeunesse instruite, qui ne passe pas par ces structures de formation spécialisées, porte une certaine incapacité d’insertion professionnelle du fait du fossé qui sépare le milieu productif du milieu éducatif. Un rapprochement bien organisé entre les deux milieux peut combler ce fossé, à travers une formation par alternance, dans laquelle se découvrent les itinéraires des métiers et se systématise l’accueil périodique des scolarisés en stages pré-professionnels le long du cursus scolaire dans la cadre d’un partenariat étroit entre l’Ecole et l’Entreprise et l’Administration.
Le projet de société de notre Mouvement, qui stigmatise la forme du pouvoir pour dominer, propose le pouvoir au service du développement humain. C’est par la formation humaine et professionnelle que nous y parviendront ensemble en mobilisant tout les corps sociaux dans un partenariat social pour l’éducation. Cette approche conforte notre projet de société, notamment : i)- à réorganiser le cursus scolaire et universitaire pour asseoir une Administration civile au service du développement et une force publique au service de la sécurité du citoyen et ii)- à supprimer les caractéristiques ethniques dans le fichier d’identité nationale des camerounais, dès lors qu’ils devront œuvrer dans l’intérêt de la collectivité nationale et pourront s’exprimer dans des langues qui ne les accolent pas forcément à leurs régions d’origine.
Brazzaville, le 10 novembre 2010
Paul TENANG NCHUGONG

