Cet article de Paul TENANG NCHUGON à Brazzaville (Congo) complète sa réponse du 26 octobre 2010 à la question posée par PMM, dans son courriel du 06 octobre 2010, sur la définition du processus complexe qu’est l’ÉDUCATION.
L’Éducation par l’instruction est apparue très tôt dans les sociétés sédentarisées qui avaient pu se forger une écriture. Ainsi, l’Égypte pharaonique a-t-elle transmis à la civilisation universelle tout le savoir scientifique consigné en Égyptien sur les papyrus de la bibliothèque de Memphis. Elle se faisait essentiellement dans des cercles monastiques relativement réservés.
A la suite de l’Empereur Carolus Magnus, c’est–à-dire Charles le Grand, plus connu sous le nom de l’Empereur Charlemagne, les sociétés qui avaient acquis l’écriture ont formalisé l’initiation dans un cadre structuré appelé ÉCOLE où l’éducation se fait principalement par l’Instruction, entendu comme processus de la transmission du savoir et de la connaissance d’abord par lire, écrire, compter et calculer ensuite un peu plus tard par observer, analyser, projeter, prévoir, etc. Ainsi l’Instruction s’appui sur la connaissance des matières relativement diversifiées, selon les objectifs sociaux et politiques, comme les langues, les sciences exactes et la technologie, la philosophie et les sciences sociales, l’administration et les sciences politiques, etc. Elle se fait à travers un cursus qui accorde une valeur référentielle graduelle aux acquisitions de l’apprenant, graduation systématisée d’abord par des niveaux reconnus, et matérialisés plus tard par les diplômes délivrés comme ceux d’aujourd’hui. Le modèle d’éducation de Charlemagne s’est d’abord répandu dans le continent Eurasiatique et a été transmis à l’Afrique contemporaine par la pénétration coloniale…
Ainsi perçue, l’ÉDUCATION est le véhicule par lequel les cultures se forgent, se rencontrent, se confrontent et s’affrontent. C’est le lieu de ces rencontres, confrontations et affrontements que Léopold Sedar Senghor a appelé «le rendez-vous du donner et du recevoir » qui se traduit aujourd’hui sur la plan économique et politique par « la mondialisation » des échanges économiques, des relations politiques internationales et de la diplomatie des Groupements régionaux d’États. Ce lieu est le véhicule par lequel les sociétés acquièrent les innovations externes qui accompagnent leur développement ou pérennisent leur dépendance et les vulgarisent par l’éducation.
La rencontre, la confrontation et l’affrontement des cultures peut être pacifique et donc négociée (par des alliances, Traités et Accords) ou violente et donc imposée par la colonisation ou l’agression. C’est aussi le lieu où certaines sociétés originelles comme celle d’Okwonkwo perdent de leur essence dans la confrontation violente (Chinua Achebe, « Things fall apart », « Le monde s’effondre »). Par exemple, l’enfant s’exprime en famille dans sa langue maternelle (Bulu Fé’efé’e ou Duala ), s’instruit à l’école d’une autre langue nationale ou africaine (Swahili, Égyptien ancien, …) et d’autres langues étrangères (Français, Anglais). En outre, les systèmes éducatifs qui en résultent et les politiques qui les secrètent peuvent placer le citoyen Instruit, soit dans un confort du pouvoir pour la domination et la répression, soit dans une attitude du pouvoir pour le service et le développement commun, selon les modalités d’appropriation des innovations externes reçues.
Pour échapper à ces risques générés par la confrontation des civilisations, un système éducatif, particulièrement dans une nation moderne en construction comme le Cameroun, doit ancrer profondément ses citoyens dans leurs réalités premières et leurs cultures originelles et les rassembler pour forger une culture nationale imprégnée de solidarité interprofessionnelle et trans-ethnique.
Ainsi perçu l’Instruction par les langues nationales ou africaines mérite, à côté des langues étrangères, d’être revitalisé dans le système public de l’éducation. La multiple appartenance linguistique des citoyens que peut forger l’ÉDUCATION dans un pays comme le CAMEROUN, et que peut fièrement revendiquer toute sa jeunesse d’aujourd’hui, constitue demain un puissant ferment pour construire ENSEMBLE l’avenir d’une grande nation tournée vers l’Afrique toute entière et ouverte sur le reste du monde.
A suivre…
Brazzaville, le 28 octobre 2010
Paul TENANG NCHUGONG

